le processus

texte inédit de Catherine Verlaguet

création itinérante à destination des adolescents - Novembre 2021

Production Théâtre de Romette

Coproductions Théâtre Le Forum – Fréjus, Théâtre de la Croix-Rousse - Lyon, La Filature, Scène nationale – Mulhouse... (en cours)

Love Sick - Banksy

Love Sick - Banksy

LE TEXTE

 

Claire a quinze ans. Elle est enceinte. C’est un accident, comme on dit. En parler à Fabien ? Ne pas lui en parler ? En parler à sa mère ? Avorter ? Ne pas ? Comment on fait ? Et sinon, quoi ? 

Via son récit, nous accompagnons Claire sur ces quelques jours où tout se joue - ou se déjoue, plutôt.

Ses doutes, sensations, colères, ses pulsations internes…

Le tout rythmé de flash-back retraçant son histoire d’amour avec Fabien.

NOTE DE L’AUTRICE

 

Ce texte, j’ai commencé à l’écrire pour moi : un projet personnel, une fiction mais tout de même thérapeutique ; un besoin de raconter les doutes et cette autoroute de quelques jours durant lesquels, concentrée, on n’entend plus rien d’autre que ses propres pulsations.

Ce texte, j’ai fini par l’aboutir par besoin de le partager, bien consciente qu’il y avait sur le sujet un vide cruel entre le « c’est ton corps ; fais ce que tu veux » et le « c’est un crime, ne le fais pas ».

 

Ces dernières années, j’ai eu la chance de visiter plusieurs lycées grâce à « Maintenant que je sais » : petite forme écrite pour être jouée en salle de classe (compagnie Théâtre du Phare). J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec les infirmières scolaires qui m’ont confiée leur désarroi : il semble plus facile pour beaucoup de jeunes filles de venir à elles leur demander une pilule du lendemain, que de demander à leurs parents un rendez-vous chez la gynécologue ou une boite de préservatifs. Comme si la pilule du lendemain n’était pas violente pour le corps !

J’ai ainsi pu me rendre compte du nombre que nous étions à avoir avortées. Parfois même plus d’une fois. Et constater que malgré la facilité d’accès à l’acte, il reste pour chacune une cicatrice, un « et si » vulnérable. 

 

J’ai toujours cru que l’émotion était un moteur puissant de réflexion. Qu’informer n’était pas toujours de donner des statistiques, mais aussi faire ressentir les choses afin que chacun puisse s’identifier et se positionner en toute liberté.

J’ai eu l’opportunité, depuis la fin de l’écriture de ce texte, de le tester en lecture avec une classe de seconde et une autre de troisième. J’ai été heureuse de constater que ce n’était pas qu’un sujet de filles, et que garçons et filles s’exprimaient finalement moins sur l’avortement en lui-même que sur leur difficulté à aborder ensemble la sexualité.

NOTE DE MISE EN SCÈNE

 

 

Catherine Verlaguet est une autrice que je connais depuis plusieurs années comme lecteur et spectateur de ses textes. Nous avons travaillé ensemble pour la première fois sur le projet « Une Épopée », une commande d’écriture à quatre auteurs. 

Durant le temps d’écriture de ce projet, elle m’a donné à lire un texte qu’elle venait d’écrire : Le Processus. Elle me l’a confié en me proposant de le mettre en scène. Catherine a aussi écrit ce texte en pensant à la voix et au corps d’une actrice en particulier. Le fait qu’un auteur, une autrice propose un texte directement à un metteur en scène est une démarche moins courante et elle compte dans l’histoire de ce projet.

 

En lisant le texte, j’ai été frappé par la langue et le propos que Catherine développe dans Le Processus avec pudeur, humour et engagement. Comme pour toute création, j’ai besoin de sentir en moi une nécessité, une évidence. Ça a été le cas dès la première lecture.

 

Le fait que Catherine me propose ce texte en tant qu’homme m’a bien sûr interpellé. Le corps (qu’il soit féminin/masculin) est souvent un sujet central dans mes spectacles ; Parle-moi d’amour (sur les violences charnelles) en 2006, Les Orphelines de Marion Aubert en 2010, Elle pas Princesse Lui pas héros de Magali Mougel en 2016, Dévaste-moi avec Emmanuelle Laborit en 2017, ou Hen (plusieurs autrices et auteurs) sur les stéréotypes de genre en 2019. Cela ne me rend pas plus légitime ; je ne vis pas ce que peut vivre le corps d’une Femme mais je me sens impliqué dans cette relation encore très sensible dans notre société entre Femmes et Hommes, féminité et masculinité, et c’est le cas aussi dans ce texte. Catherine a écrit ce monologue avec des intentions précises sur lesquelles nous nous retrouvons. 

 

Écrit à destination des adolescents, la langue est proche d’un témoignage : un récit à la première personne accessible qui permet d’aborder le sujet sans détours et avec sincérité. Mais derrière certains mots qui, pour des adolescents, peuvent être propices à des gênes ou ricanements, il y a des émotions, des sensations, des responsabilités et quelques tabous. Le sujet est intime et pourtant universel.

Je n’ai jamais mis en scène de spectacle spécifiquement à destination des adolescents et je crois que ce texte m’en a donné fortement envie car, adolescent, je n’ai eu que très peu accès à ce type de parole, à cette façon simple et responsable de parler d’amour, de sexualité, de choix, de liberté de corps et je crois que j’aurai aimé en bénéficier.

 

Pour cela, j’aimerai que l’on joue ce spectacle dans un rapport de proximité avec les spectateurs. A l’intérieur même du lycée, en salle de classe, en lumière du jour.

Claire, interprétée par une comédienne, raconte et joue tous les personnages, les voix qui la traverse, qui la dévore parfois. Elle devient donc tous les corps (son petit ami, sa mère, la gynécologue…). Ses questions sont des mots lancés, qui lui reviennent en boomerang. Des images d’un choix de vie, d’un choix pour son corps et du regard de la société sur son propre corps. Principalement basé sur l’actrice et sur son jeu, je souhaite chercher une alternance sensible entre la langue directe et une théâtralité plus onirique, visuelle ou graphique.

Même si j’aime l’idée que le texte soit porté par une comédienne au plus proche d’une réalité, d’un sentiment de vécu, nous sommes au théâtre et il s’agît bien d’un récit fictionnel. Il n’est pas question de nous substituer au travail d’une infirmière scolaire, d’une mère, d’un père, d’un médecin mais bien de préserver avec précaution la distance du théâtre qui permet parfois de mettre le réel en suspension.

Texte inédit Catherine Verlaguet

Mise en scène Johanny Bert

Interprète Juliette Allain

Administration, production, diffusion Mathieu Hilléreau, Les Indépendances

 

Création pour adolescents à partir de 14 ans.

Léger techniquement, le spectacle peut se jouer en salle de classe ou un petit lieu propice à l’intimité d’une parole.

Durée estimée 45min.

 

Création 2021-2020

Production Théâtre de Romette

Coproductions Théâtre Le Forum – Fréjus, Théâtre de la Croix-Rousse - Lyon, La Filature, Scène nationale – Mulhouse... (en cours)

Avec le soutien de La Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon (résidence d’écriture)