la (nouvelle) ronde

Création 22/23

D'après La Ronde (Reigen) de Arthur Schnitzler 1897.
La pièce devint en 1950 un film de Max Ophüls avec notamment Simone Signoret, Danielle Darrieux, Jean-Louis Barrault, Gérard Philipe, Serge Reggiani...

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Gérard Rancinan

Création pour corps humains et corps marionnettiques.

(public adulte)

Conception et mise en scène: Johanny Bert

Ecriture : Yann Verburgh

Scénographie : Amandine Livet 

Création costumes : Pétronille Salomé

interprètes : 6 actrices et acteurs (distribution en cours)

Nous recherchons des partenaires en production et résidence pour ce projet (création 22/23).Nous contacter

EXTRAITS DU DOSSIER D'INTENTIONS SUR LE PROJET

Johanny Bert Mai 21

 

Suite au projet HEN, j'ai eu envie de poursuivre un récit au théâtre des nouvelles identités sexuelles et amoureuses.

Alors qu’il voulait initialement intituler son œuvre La Ronde d’amour, Arthur Schnitzler en modifia le titre pour minimiser les risques de la censure qui touchera néanmoins sa pièce un an après sa publication en Allemagne en 1903. On considérait alors que l’auteur et médecin viennois y portait atteinte aux bonnes mœurs. Dans cette suite de dix scènes convoquant à chaque fois des personnages issus de classes sociales différentes – prostituée, soldat, femme mariée, comte... –, il met en scène des rencontres avant et après l’acte sexuel, évoqué par de simples points de suspension. À chaque révolution de la ronde, l’un des deux protagonistes se retrouve dans le duo suivant. 

Je souhaite aujourd'hui constituer une nouvelle ronde, une réécriture complète mais qui conserve la structure originelle de la pièce en mettant en lumière des identités amoureuses et de genre rarement (ou jamais) abordées au théâtre (bisexualité, polyamour, asexualité...). Le propos n'est pas pornographique ou voyeur mais d'avantage de montrer avec sensibilité et justesse, une grande liberté des sentiments, une complexité encore parfois d'affirmer nos corps politiques. Chaque situation comme à l'origine de la pièce peut révéler des blessures, des désirs, des frustrations, des constructions et clichés de genre, des rapports sociaux mais aussi de grands instants de joie et d'affirmations d'identités. 

Un spectacle qui devrait aussi parler d'amour tout simplement.

Pour ce projet, nous commençons avec Yann Verburgh, auteur invité sur le projet par des rencontres et des témoignages.

 

ECRITURE

Yann Verbugh – Mai 2021

 

 

2019, je découvrais la création de Hen par Johanny Bert. J’ai immédiatement été séduit par la liberté de ton pour aborder un sujet clivant, s’il en est aujourd’hui dans notre société, celui de l’identité de genre. L’exigeant et remarquable travail plastique sur la marionnette permettait une fantaisie et une mise à distance salutaire pour s’adresser à un public le plus large possible et créer une œuvre véritablement populaire, engagée, virtuose et aussi poétique que politique. Cette invitation à écrire Une (nouvelle) Ronde, inspirée de la pièce d’Arthur Schnitzler, dans la continuité du travail que Johanny Bert a initié avec Hen, est un cadeau pour un auteur autant qu’une immense responsabilité, m’offrant un terrain de jeu où la liberté d’expression est souveraine.

Comment parler de sexualité aujourd’hui sur une scène à nos contemporains, avec la marionnette comme filtre mais aussi comme miroir de nos identités ? Sujet universel, la sexualité demeure peu abordée, peu traitée et peu creusée dans le répertoire théâtral. Que raconte-t-elle de notre époque ? Que dit-elle de notre humanité ? Que dévoile-t-elle en filigrane des rapports de forces sociaux qui nous conditionnent ? Comment lever le voile de pudeur qui la recouvre ? Si la marionnette laisse place à une imagination sans limites pour aborder un tel sujet, c’est dans le réel que Johanny Bert et moi-même avons débuté nos recherches pour façonner nos personnages, en rencontrant femmes, hommes, cis, non-binaires, trans… qui nous ont offert des témoignages sur leurs pratiques intimes comme une manière de se définir et de s’affirmer au monde. 

Nous vivons une époque fascinante au sein de laquelle la jeunesse questionne toutes normes en quête de nouvelles identités, avec le besoin de se réinventer en opposition à l’héritage patriarcal qu’elle a reçu, pour créer une société plus juste, plus libre, moins normée, plus inclusive. La sexualité est la clef de voute de cette (nouvelle) révolution où intime et politique se rencontrent avec le plus de sens mais aussi, et parfois, avec le plus de violence, de discriminations, de préjugés, de « diabolisation », de rejet. 

Nous vivons une époque inédite où la crise sanitaire nous a contraint à l’isolement, où le contact physique a été érigé au rang de « danger public ». Un tel projet où le contact, la rencontre, le rapprochement physique intime, sont au cœur du sujet, arrive à point nommé pour offrir à la scène, en contrepoint de nos isolements respectifs, une célébration de la fusion de nos corps, de nos différences, de nos altérités, comme une catharsis curative, une arène épargnée par la censure, libre, artistique, créative et critique — que seul le théâtre public peut nous offrir — pour provoquer débat, prise de conscience et réflexion.

L’écriture s’inspira du concept narratif proposé par Arthur Schnitzler dans La Ronde, mais ne convoquera pas exclusivement que deux personnages par scène, laissant la possibilité de traiter des relations polyamoureuses, voire des scènes de « sexe en groupe » ou d’échangisme. L’arborescence des possibles et la diversité des pratiques sexuelles offrent des combinaisons infinies de dramaturgies, mais je m’attacherai dans ces fragments de rencontres, loin d’en faire un catalogue, à raconter la grande histoire que nous offre ce montage de scènes isolées, pour en faire un tout cohérent dont émergera une unité globale. La langue, loin d’être gratuitement provocatrice, privilégiera une liberté de ton, pour poser des mots, sans pudeur ni jugement, sur ce que l’on ne partage pas d’ordinaire en public. 

Avec La Ronde, Arthur Schnitzler nous rappelle que ce qui fait lien universel entre nous, peu importe notre statut social, est la rencontre sexuelle. À l’instar, les personnages de cette (nouvelle) Ronde, seront également issus de différentes origines sociales mais aussi ethniques. Ils, elles ne partageront pas les mêmes bagages culturels, auront différentes orientations sexuelles, seront pour certains ou certaines affranchi.e.s des normes dominantes du genre ou encore des canons de la beauté, pour offrir à la scène une variété de corps la plus inclusive possible. 

 

Dans la continuité de mon travail et de ma démarche d’écriture, profondément ancrée dans le réel et mon époque, l’humain primera avant tout comme porte d’entrée pour façonner ces personnages, avec leurs fragilités, leurs contradictions, leurs besoins d’affirmation de soi, de tendresse, d’amour, de sens, de révolte. Les outils de la fiction se mettront au service de cette parole pour créer situations, espaces de jeu, empathie et compréhension sensible, mais aussi pour développer un imaginaire, une fantaisie et laisser la place au singulier et au rire. 

Cette (nouvelle) Ronde est sans doute l’un des projets les plus ambitieux et les plus passionnants auxquels j’ai eu la chance de collaborer en tant qu’auteur et je me sens honoré, comme témoin de mon époque, de pouvoir poser des mots sur une des sphères les plus intimes de notre société et qui nous concerne toutes et tous, sans exception. 

Pour d'avantage d'informations sur le projet, nous consulter