Prologue de LʼOpéra du Dragon de H. Müller
- "Mesdames et messieurs, nous nʼen ferons pas un mystère
- Cʼest un conte quʼaujourdʼhui nous vous racontons
- Du nouveau, nous lʼespérons, pour les oreilles et les yeux.
- IL ETAIT UNE FOIS, personne ne lʼa vu,
- Pourtant, ici ou là, cela arrive encore
- Vous verrez le Dragon, qui fait bouillir de lʼeau.
- Cʼest bon contre le choléra. Mais le bienfaiteur
- Du bec et des griffes, exige ces honoraires
- Bon an, mal an, il rafle ses dividendes
- Sur le dos de ses patients reconnaissants
- Qui de gaieté de coeur entament son refrain.
- Lʼune ou lʼautre créature fait son petit profit
- Et manie la brosse à reluire sur les griffes du monstre.
- Vous verrez la belle Elsa, mal fiancée
- Et son père, le grand archiviste qui nʼy peut rien faire
- Car en ce lieu, en ces temps là,
- Le pain quotidien est le meurtre quotidien.
- Le Dragon a fait élire Elsa, fiancée de lʼannée
- Ce qui veut dire que ses jours sont comptés.
- Le lit du dragon sera son cerceuil,
- La robe de mariée, un linceul.
- CʼEST LA VIE. Mieux vaut en prendre son parti.
- Cʼest alors quʼintervient monsieur Lancelot
- Qui se moque des dragons et nʼattend rien des dieux.
- Il engage un combat et le combat sera dur
- Il se poursuit jusquʼau jour dʼaujourdʼhui.
- Le dragon apparait sous mille métamorphoses
- La terre tourne, le MAKE-UP efface les rides.
- Il combat avec du napalm et de lʼaide alimentaire
- Il proclame son humanité, son argent peut tuer.
- Mais notre héros nʼest pas seul et son épée nʼest pas de bois.
- Et de nombreuses têtes pensent sous le manteau qui le rend invisible.
- A la fin, elles font une découverte :
- Les têtes du dragon, elles aussi, tombent de haut en bas.
- Mais il sʼavère bientôt que lʼon nʼest pas au bout du chemin,
- Car les géants sont grands grâce aux nains.
- Dans la lueur de lʼaube, de la semence du Dragon,
- Surgissent démocratiquement des dragons en réduction
- Pour les secondes noces avec la même fiancée.
- La peau du fiancé est couverte dʼécailles
- Les citoyens font la fête mais la fiançée dit Non.
- Cʼest alors que tourne le vent et que la pierre se met à danser.
- Des murs sʼécroulent, demain est aujourdʼhui
- Trois fois déclarée morte, la révolution en surgit.
- Les écailles tombent. Qui nʼapprend rien tombe aussi.
- Lʼhomme nouveau fait ses premiers pas.“